l\'indigné

Maximilien Robespierre

 photo de Bill Lecocker.

"Toute institution qui tend à augmenter l'inégalité des fortunes est mauvaise et contraire au bonheur social. Je sais bien qu'il est impossible d'établir une égalité parfaite dans les portions et que mille causes différentes doivent nécessairement la déranger plus ou moins, mais je dis que le but des lois doit être de la maintenir autant que la nature des choses le permet, et qu'elles violent tous les principes de la raison lorsqu'elles s'efforcent elles-mêmes de la troubler. L'égalité est la source de tous les biens : l'extrême inégalité est la source de tous les maux. [...]
Les grandes richesses enfantent les excès du luxe et des voluptés qui corrompent à la fois, et ceux qui les possèdent, et ceux qui les envient ; alors la vertu est méprisée, la richesse seule est un honneur. Les lois elles-mêmes ne sont plus que des instruments entre les mains des riches, pour opprimer les pauvres ; en vain on dit aux uns et aux autres qu'ils sont nés égaux. Une fatale expérience les dément tous les jours ; l'homme a perdu l'idée de ses droits et le sentiment de sa dignité ; les loix éternelles de la justice et de la nature ne sont plus regardées que comme des chimères, et ceux qui osent les réclamer sont regardés comme des insensés, s'ils ne sont traités comme des séditieux. Législateurs, vous n'avez rien fait pour la liberté, si vos lois ne tendent à diminuer, par des moyens doux et efficaces, l'extrême inégalité des fortunes. La loi qui va le plus directement à ce but est celle qui établit l'égalité des partages ; vous l'avez juge nécessaire ; permettrez-vous à la volonté de l'homme de l'anéantir ou de l'éluder ?

Eh ! quel serait le motif de cette funeste contradiction ? La propriété de l'homme s'étend-elle au-delà de sa vie ? Peut-il donner des lois lorsqu'il n'est plus ? Peut-il disposer de cette portion de la terre dont il a joui, lorsqu'il n'est plus lui-même qu'une vile poussière ? [...] La faculté de tester est en général l'aliment de l'intrigue et de la fraude, l'écueil de la faiblesse et de la crédulité, le signal de la discorde.[...]
Voyez ces procès éternels dont il est le germe inépuisable ; voyez ces viles manœuvres et ces lâches artifices par lesquels l'avidité s'efforce de conquérir la prédilection et l'hérédité paternelle ; voyez les enfants immolés à d'autres enfants ; voyez la cruelle opulence d'un frère insultant à l'indigence de son frère ; et les tourments de l'envie et les fureurs de la vengeance remplacer les doux sentiments de la nature et les charmes de la paix domestique. Cependant, ce sont ces familles particulières qui composent la grande famille de l'état ; ce sont les mœurs privées qui sont la base des mœurs publiques ; voilà donc la félicité général empoisonnée dans la source ; voilà la liberté sapée dans ses premiers fondements.[...]

Maximilien Robespierre
 
 
‎"Toute institution qui tend à augmenter l'inégalité des fortunes est mauvaise et contraire au bonheur social. Je sais bien qu'il est impossible d'établir une é...galité parfaite dans les portions et que mille causes différentes doivent nécessairement la déranger plus ou moins, mais je dis que le but des lois doit être de la maintenir autant que la nature des choses le permet, et qu'elles violent tous les principes de la raison lorsqu'elles s'efforcent elles-mêmes de la troubler. L'égalité est la source de tous les biens : l'extrême inégalité est la source de tous les maux. [...]

Les grandes richesses enfantent les excès du luxe et des voluptés qui corrompent à la fois, et ceux qui les possèdent, et ceux qui les envient ; alors la vertu est méprisée, la richesse seule est un honneur. Les lois elles-mêmes ne sont plus que des instruments entre les mains des riches, pour opprimer les pauvres ; en vain on dit aux uns et aux autres qu'ils sont nés égaux. Une fatale expérience les dément tous les jours ; l'homme a perdu l'idée de ses droits et le sentiment de sa dignité ; les loix éternelles de la justice et de la nature ne sont plus regardées que comme des chimères, et ceux qui osent les réclamer sont regardés comme des insensés, s'ils ne sont traités comme des séditieux. Législateurs, vous n'avez rien fait pour la liberté, si vos lois ne tendent à diminuer, par des moyens doux et efficaces, l'extrême inégalité des fortunes. La loi qui va le plus directement à ce but est celle qui établit l'égalité des partages ; vous l'avez juge nécessaire ; permettrez-vous à la volonté de l'homme de l'anéantir ou de l'éluder ?

Eh ! quel serait le motif de cette funeste contradiction ? La propriété de l'homme s'étend-elle au-delà de sa vie ? Peut-il donner des lois lorsqu'il n'est plus ? Peut-il disposer de cette portion de la terre dont il a joui, lorsqu'il n'est plus lui-même qu'une vile poussière ? [...] La faculté de tester est en général l'aliment de l'intrigue et de la fraude, l'écueil de la faiblesse et de la crédulité, le signal de la discorde.[...]

Voyez ces procès éternels dont il est le germe inépuisable ; voyez ces viles manœuvres et ces lâches artifices par lesquels l'avidité s'efforce de conquérir la prédilection et l'hérédité paternelle ; voyez les enfants immolés à d'autres enfants ; voyez la cruelle opulence d'un frère insultant à l'indigence de son frère ; et les tourments de l'envie et les fureurs de la vengeance remplacer les doux sentiments de la nature et les charmes de la paix domestique. Cependant, ce sont ces familles particulières qui composent la grande famille de l'état ; ce sont les mœurs privées qui sont la base des mœurs publiques ; voilà donc la félicité général empoisonnée dans la source ; voilà la liberté sapée dans ses premiers fondements.[...]

Maximilien Robespierre
 
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30/12/2012
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